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| Le secret de l’ouvrage des compagnons |
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Écrit par Talassa |
| Jeudi, 16 Juillet 2009 11:59 |
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La légende en fait des héritiers des bâtisseurs de cathédrales, et le pouvoir politique comme l’Eglise se sont toujours méfiés d’une corporation fraternelle qui est l’une des plus anciennes sociétés initiatiques d’Occident. On leur doit la construction de la tour Eiffel et la rénovation de la flamme de la statue de la Liberté, l’échafaudage de la flèche de l’abbaye du Mont-Saint-Michel et les soubassements de la pyramide du Louvre, ils ont participés à la construction du métro de Caracas et au percement du tunnel sous la manche… Pas un chantier de prestige ne semble pouvoir se réaliser sans eux, et s’ils forment une élite presque aristocratique des métiers d’art, leur réputation est d’autant plus grande qu’elle est nimbée d’un halo de mystère. Car leurs réalisations les plus récentes font écho, à travers les siècles, au grand œuvre des bâtisseurs de cathédrales. Les compagnons seraient dit-on, les dépositaires des secrets de ces ouvriers de la chrétienté, eux-mêmes héritiers de savoirs plus anciens encore jalousement conservés. Présent aujourd’hui – en France mais également ailleurs dans le monde – dans plus de six milles entreprise et répartis en cors de métier aussi divers que charpentier, carrossier, plombier, chauffagiste, boulanger, platier, vitrier, ou encore maroquinier, les quelque vingt mille personnes rassemblées dans les trois grandes familles du compagnonnage ne manque pas de faire vivre la légende. Des secrets ésotériques préludant à la construction des cathédrales, sans doute n’en eut-il jamais, et les compagnons n’en font pas mystère, même s’ils aiment parfois à le laisser croire… Mais un secret plus intime, renvoyant à leur engagement personnel au sein d’une fraternité qui met en avant l’amour du travail bien fait, et dont témoigne leur savoir-faire professionnel, ne sera jamais par nature – révélé. Un temple et trois fondateurs C’est dans l’ancien testament que les compagnons puisent leur mythe fondateur, évoquant la construction du temple destiné à recueillir l’arche d’alliance. Salomon «choisit des ouvriers dans tout Israël […] [son architecte] Hiram avait l’intendance sur tous ces gens-là Salomon avait soixante-dix mille manœuvres qui portaient les fardeaux, et quatre-vingt mille qui taillaient les pierre sur la montagne ; ceux qui avaient l’intendance sur chaque ouvrage, qui au nombre de trois mille trois cents, donnaient les ordres au peuple et à ceux qui travaillaient.» Cet extrait du livre des Rois représente pour les compagnons le baptême mythique qui ancre leur tradition initiatique au plus profond de l’héritage Judéo-chrétien et exposent leur idéal : trois degrés d’artisans – exécutants, tailleurs de pierre et maître – travaille dans le plus grand souci de perfection à la création d’un chef-d’œuvre. Les traditions compagnonniques diffèrent en revanche par l’importance qu’elles accordent à telle ou telle figure tutélaire. Ainsi en est-il de Salomon qui, dans le Devoir de liberté, un rite datant du XIXe siècle, devient le protecteur des tailleurs de pierre et des charpentiers. On lui associe en général la figure d’Hiram, l’architecte du temple, assassiné par de mauvais compagnons avides de connaître ses secrets. Un autre rite, celui du Devoir, valorise d’avantage les deux figure de maître Jacques et du père Soubise. Il fait d’eux des architectes, compagnons d’Hiram qui, après la construction du temple, quittent Jérusalem pour la France. Durant le voyage, une querelle les oppose, d’où naissent deux rameaux du compagnonnage : tandis que maître Jacques le protecteur des tailleurs de pierre, le père Soubise devient celui des charpentiers. Quelques années plus tard, maître Jacques, alors retiré au monastère de Sainte-Baume, est assassiné par des disciples de Soubise. Aujourd’hui encore, le monastère provençal est un lieu de pèlerinage pour les compagnons du Devoir. Dans une variante, maître Jacques ne serait autre que Jacques ne serait autre que jacques de Molay, le dernier grand maître des templiers, lesquels auraient eu recours aux compagnons afin d’édifier leurs puissantes forteresses en terre sainte. Quant au père soubise, la légende en fait un moine bénédiction détenteur des plans du temple. Compagnons et bâtisseurs de cathédrales Il semble aujourd’hui établi que le compagnonnage est une création médiévale, apparue aux XIV XV siècle dans le sillage des grands chantiers de constructions urbaines, des fortifications aux cathédrales. Jusqu’alors, le sort des ouvriers était peu enviable : soumis à leur patron, ils étaient souvent mal payés et parfois maltraités. En outre, il leur était quasiment impossible d’obtenir le titre de (maître) qui permettait de s’installer à son compte ; dans le monde clos et rigide des corporations, seuls les plus riches pouvaient accéder à ce rang envié. C’est en réaction à cette situation que des corps de métiers, des (devoirs) comme on les appelle alors, se forment en marge des structures officielles. Refusant la titre de (maître) , apanage des corporations qu’ils critiquent, ces artisans ne conservent que celui de (compagnons), marquant par là leur fraternité – le terme signifiant littéralement (celui qui partage le pain)- et l’attachement au monde de vie communautaire qui bientôt les caractériser. Ces nouveaux devoirs regroupent trois métiers : les tailleurs de pierre, les charpentiers et les serruriers. Véritables syndicats avant l’heure ils se donnent non seulement pour but de pouvoir aux besoins matériels des ouvriers en leur fournissant un travail régulier et décent, mais aussi de les former tant techniquement que moralement. Le compagnonnage est né. De l’aspirant au compagnon fini Le compagnonnage est une société initiatique dont le secret incommunicable réponse, chez chacun de ses membres, sur son propre parcours technique et spirituel. Après une période probatoire de plusieurs mois, celui qui veut les rejoindre est admis à la cérémonie dite (d’adoption) au cours de la qu’elle il est mis à l’épreuve. Dans les rituels d’origine, on proposait à celui- ci de fabriquer de la fausse monnaie, voire de renier sa religion pour éprouver sa vertu. De nos jours, on lui demande simplement de confirmer son engagement moral. Puis, il reçoit l’accolade de la part de compagnons expérimentés qui lui confient un ruban à la couleur de son corps de métier ainsi qu’une canne ; il devient alors aspirant. Commence pour lui un long tour de France au terme duquel celui qui aura démontré son savoir-faire et ses hautes vertus morales sera (reçu compagnon). Pour cela, il lui faut avoir réalisé son (chef – d’œuvre), une pièce unique qui résume et illustre sa maîtrise de l’art. La cérémonie de réception, que l’on appelle parfois la (montée en chambre), est un moment capital de l’initiation : l’aspirant y est appelé à mourir symboliquement pour renaître compagnon. Il est alors baptisé et acquiert son nom compagnonnique (Périgord cœur loyal), (avignonnais la vertu), la (fidélité de chartres)… enfin, le troisième degré, la (finition), vient prolonger le cheminement initiatique : devenu (compagnon fini) , l’artisan se retourne vers le monde. Il peut à son tour transmettre son savoir pour perpétuer la chaîne ininterrompue. En quête de l’homo universale De tous les symboles que le compagnon rencontre durant son parcours, l’équerre et le compas sont les deux principaux. Rectitude morale et mesure, amour du travail bien fait et étincelle créatrice, ils représentent tout cela et bien plus encore. Des symboles plus intimes sont étroitement associés aux trois cérémonies que l’adoption, la réception et la finition. Lors de la première, l’aspirant reçoit une étoffe sur laquelle sont imprimés un labyrinthe et la tour de babel. Invitations à mettre de l’ordre dans son propre esprit ou rappels d’une œuvre gigantesque demeurée inachevée, ces deux figures désignent la quête de sens qui devra animer le jeune apprenti sur les chemins du tour de France. Quelques années plus tard, lors du rituel de réception, d’autres symboles sont présentés au nouveau compagnon : il s’agit de la cathédrale. Selon le corps de métier auquel appartient l’artisan, ces emblèmes sont différemment interprétés. Nul doute cependant qu’ils représentent cette fois des monuments achevés qui rappellent le chef – d’œuvre du candidat et l’invitent à réfléchir à la nature éphémère de la vie. Quant au compagnon fini, on lui confie un symbole nouveau : Un pentagramme dans lequel est inscrit un homme tenant le compas et l’équerre. Cette allégorie désigne l’homo universale, l’homme accompli que cherche à devenir tout compagnon. Topages, hurlements et chaîne d’alliance Les rites – nombreux qui scandent la vie du compagnon sont hérités d’usages anciens remontant à l’époque ou les membres des devoirs, persécutés ou divisés en tendances antagonistes, devaient pouvoir se reconnaître ou communiquer sans être compris. C’était particulièrement le cas lors du tour de France. Lorsque deux compagnons se rencontraient sur les routes, ils se (topaient). Il s’agissait de se présenter l’un à l’autre par des gestes et des dialogues rituels convenus. Si les deux hommes étaient de même rite, le topage s’achevait par un échange de gourdes. Dans le même esprit, les compagnons usaient d’un langage secret qu’on appelle les (hurlements). Pratiqués lors des cérémonies funèbres en particulier, ils consistaient à déformer la prononciation des mots d’une manière qu’eux seuls comprenaient. Certains rituels subsistent encore de nos jours. C’est le cas notamment de la fête patronale ou à l’occasion d’un banquet. Chacun entrecroise ses bras pour saisir la main de son voisin. Cette chaîne symbolise l’union des compagnons que seule la mort peut briser. D’ailleurs quand l’un d’eux décède, la chaîne est interrompue afin de montrer qu’un de ses maillons fait défaut. D’autres rites sont en rapport avec la règle stricte qui régit la vie compagnonnique, on les appelle les (conduites). Ainsi, la (conduites de Grenoble) est- elle appliquée lorsqu’un compagnon a commis un vol. on le convoque à un banquet ou tous, excepté lui, trinquent en maudissant les voleurs. Il est ensuite giffé par tous les membres de l’assemblée avant d’être chassé à coups pied. Le Compagnonnage condamné Dès ses origines ou presque, le compagnonnage ses désuni en même temps qu’il était l’objet de toutes les suspicions. Au XVIe siècle, les guerres de Religion n’épargnent pas la confrérie qui se divise en deux rameaux : les « dévorants », sous le double patronage de maître §Jacques et du père Soubise, restent fidèles à Rome, tandis que les « gavots » passent à la Réforme. Au siècle suivant, la révocation de l’édit Nantes par louis XIV accentue encore le fossé et les tentions entre les compagnons catholiques et huguenots. En outre, l’Église, d’abords bienveillante, se montre rapidement hostiles envers ses confréries qui se réunissent à l’abri des regards pour pratiqués des cérémonies initiatiques. Finalement, en 1655, la faculté de théologie de l’Université de Paris condamne officiellement le compagnonnage et ses « société dites du devoir jugées impies, sacrilèges et superstitieuses ». Le sentence provoque l’effet inverse de celui escompte : le compagnonnage protège plus encore le secret de ses rites tandis que sa réputation d’excellencene cesse d’attirer de jeunes artisans toujours plus nombreux. C’est ce qui explique que qu’il est pu traverser sans difficulté la Révolution Française alors la loi Le Chapelier de 1791 interdisait officiellement toutes les associations de métiers. Le temps des crises Aux XIXe siècle, deux grand rites s’opposent : celui du Devoir, attaché aux catholicisme, et celui du Devoir de liberté, plus ouvert et au sein duquel en trouve libres-penseurs et francs-maçons. Cette divergence idéologique dégénère souvent en risques parfois violentes quand un «loup» (tailleur de pierre du Devoir de liberté) rencontre un «loup-garou» (tailleur de pierre du Devoir). C’est dans ce contexte que s’inscrit la figure d’Agricole Perdiguier (1805-1875). Perdiguier, dit «Avignonnais la Vertu», est un compagnon menuisier du Devoir de liberté. Républicain, franc-maçon, ami de George Sand, il se fait le chantre inlassable d’une réconciliation entre les différentes branches du compagnonnage dans l’espoir d’un rassemblement de tous les Devoirs. Perdiguier demeure un personnage majeur du monde compagnonnique par son aura et son œuvre visionnaire, même si son rêve ne s’est jamais réalisé. Il faut dire qu’à cette époque le compagnonnage est en crise. Le monde industriel qui émerge marginalise de plus en plus l’artisanat, et le syndicalisme naissant prend ses distances vis-à-vis d’une organisation jugée trop conciliante à l’égard du patronat. Entre tradition et modernité Aujourd’hui, les compagnons sont divisés en trois familles. La plus ancienne est l’Union compagnonnique des Compagnons du tour de France des Devoirs unis, fondée en 1889.la deuxième est créée durant la seconde guerre mondiale sous le gouvernement de vichy. Au même titre que la fran-maconnerie, le compagnonnage courait alors le risque d’être dissous après la loi du 13 août 1940 interdisant les sociétés secrètes. Il est pourtant confirmé par le maréchal Pétain lui-même. Ainsi naît en 1941 l’association ouvrière des compagnons du devoir du tour de France. Très attachée à la tradition, l’association pratique uniquement les rites de maître jacques et du père soubise. Confirmée après la guerre par les gouvernements de la république, elle constitue aujourd’hui le rameau le plus important du compagnonnage. La dernière famille, fondée en 1952, est la fédération compagnonnique des métiers du bâtiment. Héritière des idées de Perdiguier, c’est une organisation souple regroupant des métiers qui ont gardé chacun leurs rites propres. Elle fédère cinq sociétés : la société des compagnons charpentiers des devoirs du tour de France, la société des compagnons passants bon drilles, couvreurs, zingueurs, plombiers et platiers du tour de France, la société des compagnons maçons et tailleurs de pierre des devoirs du tour de France, la société des compagnons et affiliés menuisiers et serruriers du devoir de liberté, enfin la société des compagnons peintres vitriers du devoir du tour de France. Tous, en même temps qu’ils perpétuent des traditions séculaires, se sont adaptés au monde moderne, non seulement dans l’exercice de leur métier, mais aussi dans la pratique des rites et coutumes du compagnonnage. Et ce non sans mal parfois. Ainsi n’est-ce qu’après un long débat qui aura duré plus de trois ans que les compagnons ont cessé d’être une société exclusivement masculine. En décembre 2004, pour la première fois de leur histoire, ils accueillaient trois jeunes femmes (compagnonnes).
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| Mise à jour le Jeudi, 16 Juillet 2009 12:04 |