Le Procureur général Yvonne Kimbembe réussira-t-il là où son prédécesseur a échoué ?


Home

Le Procureur général Yvonne Kimbembe réussira-t-il là où son prédécesseur a échoué ?

Écrit par Talassa

  
Mercredi, 16 Septembre 2009 07:24

          A peine venait-il d’être nommé, que le nouveau Procureur général (P.G) près la cour des comptes et de discipline budgétaire (C.C.D.B), Mme Yvonne Kimbembé, annonçait les couleurs.

          En effet, il y a quelque temps de cela, au cours d’une descente à la caisse congolaise d’amortissement (C.C.A), que madame le P.G a interpellé les cadres de cette institution financière publique, dont la mission fondamentale est la gestion de la dette intérieure. A cette rencontre, elle est revenue sur les pratiques nocives récurrentes, qui gangrènent nos institutions, notamment sur le paiement de la créance au profit des opérateurs économiques qui ont prêté leurs services aux pouvoirs publics.

          Il est un secret de polichinelle, que le paiement d’une créance de cette nature par une institution financière publique est subordonnée au versement des pots de vin, dont le pourboire ne saurait être inférieur à moins de 20% du montant total à percevoir.

          Cette rétention, aux conséquences néfastes, bouleverse l’équilibre du marché public qui empatit, en ce sens que, le soumissionnaire vient précompter sur l’ensemble des dépenses relatives à l’exécution du marché, celles liées sur des pots de vin octroyés aux facilitateurs de paiement, qui ne sont que des agents du Trésor public, de la C.C.A.

          C’est d’ailleurs, en ce sens, que l’initiative de Mme le Procureur général près la CCDB consistant à moraliser les institutions financières publiques au travers de ses agents, mérite d’être encouragée et soutenue.

          Seulement, le commun des mortels reste circonspect sur l’issue de cette démarche. Nul ne saurait ignorer, que dans un passé très récent, pareilles initiatives, engagées tambour battant, ont été étouffées dans l’œuf, tant l’opération visait les grosses légumes.

          Pour mémoire, le peuple congolais était choqué de savoir, que consécutivement à la dénonciation par le Président de la République des opérateurs économiques véreux, qui n’avançaient pas les travaux de leur chantier, ce en dépit de fortes avances perçues, le ministre à la présidence, chargé du contrôle de l’Etat d’alors, monsieur Simon Pierre Foutou, venait d’être débarqué du gouvernement, au motif que, s’estimant fort de son bon droit, il avait placé aux arrêts des intouchables, pourtant foncièrement compromis.

          Sur cette liste noire, le Procureur général près la CCDB  de l’époque, M. Henri Ballard, s’était vu remonter les bretelles, aussi bien par le P.G près la cour suprême, M. Georges Akiera que par le ministre d’Etat, ministre de la justice, garde des sceaux, maître Aimé Emmanuel Yoka. A l’origine de cette discorde, il  y a les mesures conservatoires  qui étaient prises par le P.G Henri Ballard. Ces mesures conservatoires avaient pour «  effet  d’éviter la fuite pressentie de Balou et son installation définitive en France, et la sortie de Jean Marie Anielé, directeur général (D.G) du Port Autonome de Pointe noire, pour aller brouiller les pistes pouvant servir d’enquête sur un compte de cet établissement ouvert en France dont il était le seul gestionnaire.»

          En l’espèce, les susnommés, susceptibles d’être traduits devant les juridictions pour faux et usage de faux, inobservation de la réglementation en matière de passation des marchés de l’Etat, détournement des deniers publics, aliénation illicite des biens de l’Etat, faisaient l’objet d’enquête au parquet général de la CCDB.

          C’est dans cet esprit, que le Procureur général près la cour suprême- comme pour se démarquer du P.G qui n’aurait rien perçu de ce que les attributions de la CCDB quoi que générales ne visaient pas la famille régnante- saisissait celui-ci, par courrier n° 092/PJ/CS-CAB du 26 mars 2007, pour élargissement des présumés délinquants économiques.

          De la fin de non recevoir opposée à la supplique du P.G de la cour suprême par le P.G de la CCDB, le ministre de la justice entrait dans la danse, parce que, dans le cas précis, il s’agissait, coûte que coûte, d’épargner des ennuis à un parent, le D.G du Port Autonome dont la culpabilité était manifestement établie.

          A cet égard, le ministre d’Etat, ministre de la justice, qui prenait fait et cause du P.G de la cour suprême, relevait, urbi et orbi, que, la cour suprême,  du fait de sa suprématie sur les cours et juridictions, les autorités judiciaires placées à la tête de ces organes ne sauraient de quelque manière que ce soit, se soustraire au contrôle de l’autorité judiciaire suprême.

          Il faut déduire de cette polémique, que la cour des comptes et de discipline budgétaire prenait un coup, notamment pour ce qui est de son indépendance, et partant de son efficacité, puisqu’à ces jours, l’action de cet organe constitutionnel n’a pas laissé de véritables traces. Cela est d’autant évident que l’impunité est demeurée la règle d’or devant les cas avérés de dilapidation des deniers publics, d’aliénation illicite des biens de l’Etat dont se rendent coupables chaque jour les nouveaux gouvernants et leurs affidés, qui abusent du pouvoir.

          Il est une réalité absolue, que chaque jour qui passe, il est procédé en violation de la constitution (article 73) à un transfert du patrimoine de l’Etat, ce au profit des gouvernants.

          Il faut donc espérer que le nouveau P.G de la CCDB, Mme Yvonne Kimbembé, devrait bénéficier de toutes les garanties des pouvoirs publics pour conduire à bon port la mission qui lui est impartie.

          Cet espoir est permis, parce que, le Président réélu, dans l’exercice de son ultime mandat, devrait faire oublier le passé catastrophique, teinté surtout de l’impunité dont bénéficient les fossoyeurs de l’économie nationale. Tout aussi, le nouveau P.G, du fait de ses affinités avec la famille régnante, disposerait d’une arme supplémentaire.

          De sorte que, les attributions de cet organe s’exerceraient, sans discrimination, sur tous les gestionnaires des deniers publics. Les gouvernants en général et le Président de la république en particulier, en ce qui les concerne, devraient, en priorité, accompagner cette volonté politique, en consacrant le principe de l’égalité des citoyens devant la justice en mode de gestion de notre cité.

          Sans quoi, la voie qui mène à l’échec reste largement ouverte.

 

Mise à jour le Jeudi, 24 Septembre 2009 08:30

 

Ajouter un Commentaire








JComments

Leave a comment